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jeudi 22 mars 2007

texte de Séb sur "Dire la ville"

source image : http://www.photos-depot.com/photo-jpg-841.htm

Le mur le long du trottoir : Tiens, la demoselle d'hier semble malheureuse. Celui qui l'accompagnait est passé tout à l'heure, il avait l'air normal pourtant.

Le bouleau : Arrête de t'occuper des affaires des autres, t'es lourd.

Le lampadaire : Moi, je ne vous saoûle pas avec tous les soutiens-gorges nouveaux que je vois chaque jour.

Le mur : On t'a pas allumé toi, alors mets-la en veilleuse.

Le lampadaire : Oh moi je disais ça... c'était pour éviter de me plaindre de cette SALOPERIE de clebs qui me PISSE ENCORE DESSUS !!!

Le bouleau : Je ne comprends pas qu'un mur puisse être si ouvert aux humains, qui ne servent à rien, et fermé à ses congénères objets.

Le mur : J'ai du respect pour les mains qui m'ont élevé, moi, Monsieur le Bouleau qui ne sert à rien non plus, soit dit en passant.

Le bouleau : Tu as dû être humain dans une autre vie.

Le lampadaire : Et moi roue de bagnolle, SALETE DE CHIEN !!

Le bouleau : Et moi dans la prochaine, je serai peut-être... bureau ou chaise, qui sait ?

Le mur : Pas de bol. Tu supporteras les culs et les coups de poings. Au moins, quand tu es mur, tu vis allongé de tout ton long, comme un géant fatigué. Alors que toi, là debout, avant de vivre une passion folle avec un sous-main ou une jupe froissée, tu prends racine et le vent menace de te couper en deux. Sans parler des bestioles qui te rongent !

La vitrine : C'est dingue le nombre de mochétés qui viennent s'admirer en moi. Je vais faire la grève des reflets. Ou simplement refléter les bonnasses.

Le lampadaire : Toujours aussi sympa ce jeune homme.

Le mur : Oh ça, c'est la nouvelle génération, elle ne respecte plus rien. L'autre jour...

Tous les autres : ON SAIT !!

Le mur : Ah ? Je vous ai racontés ?

Le bouleau : Oui, un marteau s'est échappé de sa caisse à outils, parce qu'il s'était pris le bec avec une famille de clous et il n'était pas trop bien ce jour-là à cause d'une rupture récente avec un manche - une histoire à la con, en plus - et il est venu se défouler sur toi quand le manoeuvre l'a balancé de tristesse et de rage. C'est bon, tu t'es assez plaint depuis une semaine !

La vitrine : Oui, faut renouveller ses rengaines. C'est ce que je répète aux vendeuses, mais elles ne comprennent rien, ces connes.

Le trottoir : AÏE !!!!

Le lampadaire : Tiens, il parle, lui ?

Le mur : Faut croire. Je l'avais jamais entendu. Ses cris sont toujours étouffés par les bottes, les baskets, les talons-aiguilles, voire les moquassins... Bin qu'est-ce qui se passe l'ami ?

Le trottoir : Y se passe que mon goudron est un train de chauffer !! ça tremble sous moi !

La vitrine : Oh bon dieu oui ! Je sens les vibrations ! Je me fends !

Le mur : Faut que je tienne ! Je ne veux pas mourir si jeune !

Le bouleau : Oh mes racines ! Vous frétillez, mais tenez bon !

500 ans plus tard, même endroit :

Le Guide : C'est donc ici qu'il y eut deux éruptions du Vésuve, une en l'an 79 de notre ère et l'autre, dont vous voyez ici les vestiges, il y a 500 ans... Cette cité, à cette époque, croyait dominer le monde, puis en quelques minutes, hop, plus rien... Les cendres ont tout recouvert, comme en l'an 79, et nous pouvons aujourd'hui découvrir ce que fut la civilation de nos ancêtres; c'est à dire, pas grand chose... Espérons que nos villes auront quelque chose à proposer aux générations futures...

Séb.

texte de GOTAD sur le thème "dire la ville"


(une foule est assise dans un autobus. Une femme perdue dans cette foule silencieuse prend soudainement la parole)

Armelle : Mon nom est Armelle Dugenou, dite « La Ville ». Vous vous demandez peut-être pourquoi ce surnom étrange… Eh bien voilà : (elle se lève de sa chaise et clame très fort) LA VILLE ! (elle se rassied) Voilà… Je dis « la ville ». C’est con, hein ?

La foule (chaque membre, alternativement) : Mais enfin… Qu’est-ce qui lui prend ? Elle a dit quoi ? Faites-la enfermer ! J’ai pas entendu. Vous n’y pensez pas ! Jamais je n’ai entendu une telle stupidité. Ce qu’il ne faut pas entendre… Moi j’ai beaucoup aimé, ça sonnait bien ! Bis !

Armelle : Les réactions sont très variées, d’une fois sur l’autre… C’est toujours intéressant à observer. Bon, des fois, ça tourne mal, hein : l’autre fois, un type n’a pas supporté, et s’est senti obligé de me filer un coup de poing au visage. La fois d’avant, ça a déclenché une crise chez un épileptique. La plupart du temps, les gens ne comprennent pas : ils me regardent en souriant bêtement, ils ont l’air d’attendre la suite… Ils s’attendent sûrement à un spectacle de rue, ou à un discours philosophique sur l’esprit de la ville, à la mode Grèce antique. Ou bien ils croient que leurs oreilles ou ma bouche ont fait défaut, que j’ai toussé bizarrement, ou que je me suis étranglée alors que j’allais leur demander un renseignement. Ils me prennent pour une folle, ou bien croient que je me moque d’eux, que j’ai eu cette idée pour évacuer mon stress après une journée difficile… Fabulations que tous ces pronostics hasardeux : je dis « la ville », rien de plus ni de moins. Je me complais dans cette simple énonciation dépourvue de sens, d’objectif autre que dire la ville. Voyez plutôt : (se penche vers une femme poussant un landau et rugit) LA VILLE ! (la femme sursaute, s’enfuit avec son landau en jetant des regards effrayés derrière son épaule)

Homme 1 : Madame, c’est la seconde fois que j’assiste à votre… (sourit) performance, et je dois vous dire, j’aime beaucoup ce que vous faites !

Homme 2 : Mademoiselle, c’était tout bonnement… époustouflant ! Je dirige une compagnie de théâtre, et le fait est que j’aimerais beaucoup travailler avec vous, afin d’exploiter vos talents… (sourit) originaux. Voici ma carte ; réfléchissez-y, et appelez-moi !

Armelle : Voilà… Des fois, ça se passe comme ça. Je ne sais pas trop ce que je dois en penser. Peut-être que je devrais arrêter de dire « la ville »… Un jour.

Homme 3 : (déboule sur la scène, le regard fou, et hurle) LES CCCAROTTES SONT CUITTTTES !!!

Armelle (une larme à l’œil) : Mon… Mon héros !

Voix off : Ils vécurent relativement heureux, et eurent beaucoup, beaucoup d’enfants très, très bavards.

GOTAD.

lundi 18 décembre 2006

Création de Matthieu suite à la séance impro

Fœtus mort depuis 80 ans
trèfle à quatre feuilles
le bout de papier survivant
chouette

Lutte Interne


Un monde désert balayé par le vent, une salle obscure seulement éclairée par une faible lueur souterraine surplombée d’un trèfle à quatre feuille solitaire. Un arbre dans un coin, demeure d’une chouette qui observe la scène. Un papier survivant vole dans ce monde…

Fœtus (sur l’air d’Emilie Simon) :

- Je suis enterrée vivante, contente de moi aha ! Je suis enterrée vivante !


Le Trèfle (A l’entente de cette petite voix sous ses racines, le trèfle à quatre feuilles frémit de stupeur) :

  • Brrrr qui es-tu toi qui vis sous mes pieds gelés ?


Fœtus (sur le même air) :

  • Je suis enterrée vivante, contente de moi aha !


Le Trèfle :

  • Mmmm le froid me fait délirer… Et ce vent, ce vent, ce vent…

Pendant ce temps, la voix souterraine chantonne infiniment…

  • J’aurai dû acheter un chapeau au marché… Oh ! mais que vois-je ? Que m’apportes-tu, oh vent ?


Une voix lointaine hurle qui est le bout de papier survivant :

  • Waouuuuw ! Iha ! Waouuuuuuw… Je suis libre, libre !


Fœtus (sur le même air) :

  • Je suis enterrée vivante, contente de moi aha !


Le Trèfle (stupéfait, au vent) :

  • Oh grand vent toi qui es si libre, ne pourrais-tu pas arrêter de me les briser, on se les gèle…


Le Papier (étonné) :

  • Quuuuuoiiii ?


Le Trèfle (las) :

  • Ferme-la, il fait trop froid !


Le Papier (outré) :

  • Mais de quoi parle-tu enfin ?


Le Trèfle (dans un dernier élan de colère) :

  • De la porte ! De la porte… de la… (le trèfle trépasse)


Fœtus (sur le même air) :

  • Je suis enterrée vivante, contente de moi aha !

Le bout de papier survivant, heureux d’être libre, se pose sur le trèfle gelé.


Voix Off (dubitatif) :

  • Quiproquo quand tu nous tiens…


Le fœtus (s’arrêtant de chanter, s’écrie) :

  • J’ai entendu une voix nouvelle ! C’est lui, notre créateur ! Lui là haut qui délire !


Le Papier (brusque) :

  • Faudrait penser à sortir de ta sauce stagnante, vieux fœtus !


Le fœtus (enfantin) :

  • Ben moi j’ai pas froid… Na !


Le Papier (à lui même) :

  • 80 années à croupir dans un trou ça aide pas…


La chouette (jubile)

  • Il est libre Max ! Il est libre Max !


Le vent s’arrête net, le brouillard s’estompe…


Voix Off (grave, inexpressive au départ puis de plus en plus excitée) :

  • Ecoutez-moi bien, fruits de ma création, le trèfle a disparu, il ne me reste plus que vous à éliminer. Faudrait penser à se taire… Penser à se taire, penser à se taire, se taire, ne plus penser, haaaa, ne plus penser, oui ! j’ai réussi… ne plus penser… non… je… que… traire… le ciel… veux… que… veux… je ? traire le ciel ! Je veux traire le ciel et boire le lait divin… « Je suis enterrée vivante, contente de moi aha ! » Punaise… Temps, combien ? Je… Perds… contrôle… le… dors… dors… fille… quelicobu… buque que quoi…


Le fœtus, le papier, la chouette s’estompent peu à peu laissant place à des lettres, des mots, du vide, une vache, un ciel avec des mamelles… Puis plus rien…


MATTHIEU