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jeudi 22 mars 2007

cadavres exquis


source image : http://www.hammerfonts.com/normal/article.php3?id_article=27

Les mamelles poilues des immeubles dégainent des baisers
Mais l'heure n'était plus aux palabres : BAATAAAAIIILLE !!
moi pas- pourquoi pas toi

moi oui - pourquoi pas lui

moi non - pourquoi non ?

Mais elle pendait au bout de ses yeux, la terrible grille ensanglantée

C'était terminé, plus de faim ni de soif, seule l'envie de dormir...


Quand tes yeux fleurissent comme un volcan,
J'avais une telle migraine que j'avais l'impression que mon cerveau allait s'échapper par mes narines
Et elle extirpa d'un regard mon coeur meurtri

Tu m'en voulais de chanter ça
un truc mielleux, un truc pour deux comme t'en veux pas
Mais alors, dans la nuit noire surgit une espèce de... comment dire ?

ANOTER.

jeudi 1 mars 2007

texte de Séb sur la trame à singulariser


Le 11 août 1999, quelque part sur Terre, des destins se croisèrent, se déclarèrent, tandis que dans le ciel, le Soleil avait un rendez-vous hyper important avec la Lune.

C'était une journée pluvieuse, grise, comme au fond d'une chaussette en fin de journée. Pour la petite histoire, la Lune venait de décider de quitter le Soleil, marre de ne le voir jamais, disait-elle, toujours en contre-équipe, fais chier, je vais me maquer avec Mars ou Saturne, au moins ils me témoigneront peut-être un peu d'affection, eux. C'était le dernier rendez-vous, elle lui rendait ses affaires, ça allait être : salut, ça c'est à toi ou à la déchetterie, m'en fous, je ne te souhaite pas une bonne journée, je vais me coucher. Mais non. Le Soleil, bon gars, petit malin aussi, avait négocié, il l'avait complimentée - ses vallons, ses dunes, ses crevasses... - elle avait ri, les yeux cachés derrière un nuage, et avait dit : Bon allez, on ne va pas se quitter fâchés, ce serait dommage...
Bref, tout cela n'a aucun intérêt.

En revanche, l'intérêt de ce jour si particulier se situe dans deux boîtes aux lettres lorraines, celles de deux jeunes coeurs que le hasard avait fait se rencontrer. Ils s'étaient découverts, appréciés, puis avaient fini par être comme enchâssés - moralement du moins. L'un sans l'autre, ça n'avait aucun sens. Voilà, c'est ça, un peu comme la Lune et le Soleil.

Le jeune homme, fougueux rêveur devant l'éternel, avait donc écrit une lettre à la demoselle. Il lui y avouait son amour, penaud mais sûr de lui, et il lui promettait une union merveilleuse, sublime, bref un truc d'ado en manque, pour résumer. Elle la recevrait, cette promesse d'un amour sans pareil, le 11 août. Rien à voir avec l'eclipse, il l'avait seulement postée le 10.

Elle, de son côté, le 10, elle avait aussi posté une lettre au jeune homme, son meilleur et unique ami, avec lequel, disait-elle, rien d'autre n'était possible. Non, elle avait bien réfléchi (comme s'il était utile de réfléchir en amour !) et l'homme de sa vie, ce n'était pas lui. En fait.

Ils reçurent et lirent ces lettres simultanément, pendant que le Soleil négociait un rab amoureux avec la Lune.

Puis, après cette lecture surprise, la demoiselle fouilla encore une fois sa boîte aux lettres. Une seconde l'y attendait.
Elle se souvenait vaguement avoir écrit à un inconnu plutôt beau gosse, il y a une ou deux semaines. Eh bien, il lui avait répondu ! Oui, il désirait la rencontrer.

Quelques années plus tard, sous un beau soleil, ils se redirent oui, entourés de leurs deux petites filles et face à une homme en noir, tandis que le jeune homme fougueux, mais couillon sur ce coup-là, prenait en photo la mariée et retournait à ses chères études.

Séb.

source image : http://www.alussinan.org/

cadavre exquis

(Pour ces deux cadavres exquis, évidemment, les phrases précédentes étaient cachées, et la seule consigne était, si possible, d'écrire de temps en temps quelques connecteurs logiques)

Cadavre exquis n°1 :

Impossible d'avancer dans cette rue au vent trop violent

Mais quand la porte grinçait, le chat sursautait, la bougie oscillait et j'écrasai cette infâme chose

Il alla la retrouver comme chaque matin devant le puits

Dieu n'est qu'un enfant qui joue avec une fourmilière, j'en déduis donc que

et quelle violence elle mettait en déplumant le pou
let !

"Apprenez, maître Clodo, que le bonimenteur vit aux dépends de celui qui l'écoute."

Et la demoiselle aux yeux bleus partit furibonde.


Cadavre exquis n°2 :

Il m'apparut tout d'abord que la Terre était bleue comme un organe

Mais ses yeux de jeu ne suffisaient plus à transpercer son coeur

Je me sentais impuissant face à cette situation dont je n'étais plus maître alors

Elle s'en alla le coeur lourd vers la rivière

Tu as cru trouver les maux pour le blesser, détrompe-toi il t'attend derrière le buisson

Et c'est alors que l'ours violeur d'éléphants m'écrasa contre le train qui passait

Et me voilà au milieu de tout sans rien.

ANOTER.

source image : http://www.hku.hk/french/dcmScreen/lang3035/lang3035_surrealisme.htm

jeudi 15 février 2007

texte de Séb sur l'atelier présidentiel

Nous sommes, ce matin, la risée du monde entier.

Mes chers compatriotes, je vous le demande, pouvions-nous simplement tomber plus bas ? Sur l'Internet, LA nouvelle a circulé plus rapidement encore que la lumière. De L'Ouzbékistan au Cambodge, on regaradait la même chaîne française via le câble. Les parodies (mais y avait-il besoin d'en ajouter une seconde à la première ?) se comptent déjà par milliers sur la Toile. Bien souvent, l'on ne comprenait rien au fond et la pantomine ridicule de notre nouveau "représentant" suffisait à activer jusqu'à saturation le téléphone arabe.

Nous sommes, ce matin, la risée du monde entier.

Lorsqu'un filet de bave fit son apparition et que le bonhomme dut se retenir de vomir, les yeux exhorbités et les paumes sur ses lèvres, en manquant tomber de sa caisse destinée à le mettre à hauteur de micro, il ne se trouva, à n'en pas douter, pas un esclave, pas un SDF, pas un terroriste en fuite, qui ne le vît et ouvrît, lui-aussi, de grands yeux, avant de libérer un éclat de rire planétaire.

Nous sommes, ce matin, la risée du monde entier.

Oui, mes chers compatriotes, je suis sans doute maso de retourner ainsi le couteau dans la plaie (d'où s'échappe plus de sky que de sang, du reste). Mais il en est désormais ainsi : le Français, aux yeux de l'Humanité même pas communiste, est aujourd'hui et pour longtemps associé à l'ivrognerie la plus crasse.

Mais bon... passons encore. Cela aurait été un drame, en effet, puis on en aurait ri. Il aurait fallu pour cela que le son fût coupé. Mais pensez-vous ! avec pareille audience, on se délecte de voir le pays se faire hara-kiri en direct !

Nous sommes, ce matin, la risée du monde entier.

Car les paroles auront un effet encore plus dévastateur que la pantomine. Ce matin, c'est officiel, plus aucun citoyen français, voire européein, ne croit en la politique.

Comment, en effet, y croire encore avec une telle première phrase de remerciements ?
"Je les ai tous niqués !" accompagné d'un revers de la main en direction d'une salle effarée.

Je sais, j'ai honte de répercuter cette parole, car je ne fais qu'agraver la situation, mais il faut être honnête, comme l'a si vite rappelé le nouvel élu : "On est dans une merde noire, les mecs !". Donc bon, un peu plus ou un peu moins...

Nous sommes, ce matin, la risée du monde entier.

Les partis opposés auraient pu en profiter. Cela aurait éviter le cataclysme dans lequel nous a plongés cette intervention. Oui, ils auraient pu. S'il n'avait pas déballé tout ce qu'il savait des magouilles des uns et des autes ! Ce matin, les démentis ne suffiront pas et après-demain les jusges feront la tournées des Grands Ducs...

Au moins, me direz-vous, il y a une bonne nouvelle : pour une fois la langue de bois a fourché. Mais le gouffre qu'elle a ouvert sous nos pieds est si effrayant qu'on la regretterait presque.

Bref, mes chers compatriotes, bienvenue dans l'enfer que l'alcool a mis à découvert !

Séb.

source image : http://eosyne.over-blog.com/

jeudi 1 février 2007

texte de Cyrielle lors de l'atelier "rencontre improbable"



Une nuit l’âme en peine, il est quatre heures, sous la pluie, je suis seule dans ma ville d’amoureuse. Il est cinq heures, il est six heures, je marche, m’assieds, courre, saute dans les flaques, la pluie est fine, une caresse fraîche d’après l’orage. J’ai besoin d’être seule. Les pavés s’éveillent sous les chariots des marchands, les murs s’imprègnent des fournées des boulangers. Et je me couche sur la grande place, au milieu, là où des siècles de touristes, de badauds, de soldats et de mécènes ont marché avant moi. Mes yeux sont ouverts à en avoir mal. La pluie s’est arrêtée, je ne dormirai pas. Grand Papa, debout à côté de moi. Je me lève je ne rêve pas, il est là, salut puce et ma joue qui tremble sous son baiser tonique, ma tête qui s’échappe dans mon rire. Ses yeux bleus et son nez de boxeur, et un cochon en massepain qu’il a acheté pour moi, que je partagerai. Qui veut la tête, qui veut le reste. Short et marcel et polo comme je l’aime dans son jardin, et puis son bob. Il m’emmène au-delà de l’eau, il ne connaît pas si bien pourtant mais on montera pour regarder la vue de là-haut. La balustrade ou les marches, ou le petit banc caché derrière les arbres, on verra. Tu étais où pendant tout ce temps. J’étais là. Il me dit mais je n’y crois pas. Je l’ai vu partir, je l’ai vu souffrir, je l’ai vu s’en aller, et mon dernier au revoir. Mais il est là, c’est ça qui compte. Je lui dis ma vie te va, tu changerais quoi. C’était comment, tu reviens pour longtemps. Mon homme arrive, il n’a rien à faire là, s’en retourne. Il me dit qu’il n’est pas fait pour moi et je pleure dans ses bras. Tu m’as manqué oui, il te faut toi pour la canaliser, c’était plut drôle les œufs à la coque et ta tête qui sortait de sous les couvertures, comme maman quand elle s’endort. Il me dit qu’il comprend, mais qu’il n’y pouvait rien, qu’il n’y peut toujours rien. On marche, on redescend, le soleil monte, et nous voilà à la fontaine. Je lui dis que j’aurais voulu le connaître plus, qu’être la petite ça allait un temps mais que j’avais grandi, que j’aurais pu savoir, mais son humilité le fait rester muet, je suis si fière, et je lis dans ses yeux qu’il le sait. Je n’arrive pas à y croire.

Mais il doit repartir, je n’y changerai rien. A mes rêves, à là-haut, à plus tard.


CYRIELLE, 10/01/07

texte de Cyrielle lors de l'atelier cinéma


Anna : J’suis bourrée.

Eve : T’es bourrée.

Anna : Il est pas venu.

Eve : Oublie le. C’est terminé. Il te méritait pas.

Anna : Putain, sa mère la pute, ma libido en berne, bois avec moi, allez. Tous des connards, hein ?

Eve : Y’a plus de rhum. Vodka, sky, malibu ?

Anna : C’que tu veux. J’t’attends ici.

Franck : Mademoiselle…

Anna : Tiens du champ’. Oui, pourquoi pas…

Franck : Vous êtes sublime.

Anna : Ca m’étonnerait. Vous vous appelez ?

Franck : Franck.

Anna : Anna. A votre santé.

Franck : Dans votre vie, y aurait-il...?

Anna : Rien, il n’y a rien dans ma vie. Juste ces bulles dans ma coupe, dans ma gorge, mon estomac. Sinon non, rien.

Franck : Une place pour moi, y aurait-il une place pour moi.

Anna : Vous perdez votre temps. Joli, pas mal l’approche, mais non, juste non. J’aime pas les hommes.

Franck : Ah.

Anna : J’aime pas les femmes non plus. Je n’aime personne. Vous me faites tous chier.

Franck : Vous êtes belle quand vous vous énervez.

Anna : Lâchez ma cuisse immédiatement. Et donnez-moi du feu.

Franck Vous mordez aussi ?

Anna : Non, je mets des coups de boule.

Franck : Dans le genre dangereuse ?

Anna : Non, pire.

Franck : Vous me plaisez.

Anna : Moi ou la chair que vous espérez mettre dans vos draps ?

Franck : Ouh la, je vois… Non vous, vous me plaisez. Votre façon de fumer les yeux plissés, des amandes qui pétillent, toutes griffes dehors, votre robe en soie à pois et vos bottes vintage, votre carapace et votre cœur fragile pas si au chaud que ça sous votre boléro. Vous me plaisez. Vos cheveux qui brillent, lissés tout frais, votre mal que vous ne savez cacher, la courbe de vos mollets et votre sourire, là, avec vos dents, que je commence à découvrir. Vous me plaisez.

Anna : Joli parleur.

Franck : Pourquoi pas beau ?

Anna : Joli, c’est déjà pas mal non ?

Franck : C’est un début.

Anna Qui te dit qu’il y aura une suite ?

Franck : Tu verras…

Anna Non, je ne veux plus rien voir.

Franck Je serai ta nouvelle paire de lunettes.

Anna : Dolce & Gabbana? Dior? Gucci?

Franck : Ce que tu voudras.

Anna : Prada ? Vuitton ?

Franck : Si tu veux.

Anna : Je préfèrerais…

Franck : Hermès, tu préférerais Hermès, ou Maje, ou H&M.

Anna : Oui…

Eve : Tiens ma belle, malibu ananas.

Franck : Je dois vous dire au revoir ?

Anna : Non, bonjour demain matin…

CYRIELLE, 31/01/07

source image : http://alternativ.loisirs.free.fr/rubriques.php?article=love

lundi 29 janvier 2007

texte de Séb à partir de Nerval et Eluard

De l'origine des poètes et des muses, tout ça, tout ça...





















Lorsque je la vis plate et s
ublime
au coeur des t
rous noirs des temps
tout en moi chanta comme une obelisque
je riai à faire peur aux étoiles mes choses
et leurs jupes minuscules me saluèrent

car oui enfin je l'avais trouvée
cette bicoque de soie
où poser les pinceaux et dresser mes plans

elle était plate comme une limande
et souriante et jeune et éternelle
il fallut la regonfler la nourrir
vite elle devint cette orange bleue

les muses mes filles
déjà aimaient à s'y mirer
l'éclat des ondes promenait leurs sourires
que les ciels en landeaux suivaient en formation

sous les grottes en chantier
elles courraient nues et rebelles
et les lutins cabotins
au lieu de bosser ces feignasses
leur pinçaient les fesses
ils n'auraient d'autre boulot
que poètes ces escrocs croyez-moi !

puis un jour cette bicoque de glaise
devint jolie
je livrai clés en mains
à personne
hélas
tout un royaume

même la Lune en prit ombrage
ce vieil échec toujours grincheux

je rangeai mon arc et mes plans
dans mes nues secrètes

et seules les muses
insistèrent pour rester

j'abandonnai mes filles à leur
demeure
et les poètes à leurs
malheurs

depuis tout en moi chante et
ronronne quand j'écoute
sous la chandelle

leurs complaintes de saltimbanques

source image : http://www.educnet.education.fr/planeto/pedago/paysages/question%204%205%206.htm

Séb, 24/01/06

vendredi 26 janvier 2007

nouveau texte de Gotad

Voici ce que Nerval et Eluard ont inspiré à Gotad. Et à vous, ils vous inspireraient quoi ?


J’aime beaucoup, les samedis matins, me promener dans le marché aux fruits et légumes de la vieille ville d’1234. Chaque semaine j’y trouve un renouveau de fraîcheur, une explosion de couleurs, un épanouissement de parfums subtils et harmonieux… Sous mes yeux envoûtés s’étale, dans les cartons, bacs et cageots, une profusion de formes et de couleurs appétissantes, parfumées… vivifiantes !

Ce samedi-là, il se produisit une chose tout à fait incongrue, qui perturba mon plan de promenade bien rôdé. Alors que je passais devant l’étalage d’un marchand d’agrumes, un bac d’oranges mûres attira vivement mon attention ; ou plutôt… l’une de ces oranges, bien particulière. Je m’approchai d’un pas et plongeai mon regard dans cette sphère grumeleuse. Cette orange, cette simple orange m’hypnotisait littéralement : j’y vis bientôt la Terre, qui tournait lentement sur elle-même, au milieu de ses consœurs inertes.

« Bonjour Mam’zelle ! Qu’est-ce que ce sera ? »

L’orange terre grossit dans mon champ de vision, jusqu’à l’occuper entier. Je distinguais sous les nuages mouvants la forme des continents qui s’étendaient là, tels de sculpturales nymphes allongées dans des sofas sur mesure. J’approchai ma main et effleurai la surface de la planète. L’Atlantique se troubla au contact du bout de mes doigts : s’il eût été humain, on aurait dit qu’il rougissait. Je retirai ma main ; quelques nuages s’étaient accrochés à mes doigts comme pour les retenir, et y laissèrent une fine mousse blanche.

« Mais, mais… Mademoiselle, mais que faites-vous ?! Vous n’allez pas bien ?

– Vous dansez ? »

La voix du marchand, braillarde et grossière, faible et lointaine, fut couverte sans mal par celle de la planète, pleine, grave, vibrante, puissante. À l’entendre, il me sembla rajeunir de deux siècles. Charmée, je battis des paupières comme une écolière timide. Puis je retirai mes chaussures, pris le bras que me tendait la Terre, et entrai dans la valse sur les accords de Saturne et Neptune, depuis la scène qu’ils occupaient au fond.

« À la folle ! À la voleuse ! Elle me vole une orange et s’en va en dansant ! Rattrapez-la… »

GOTAD

Source image : www.rebeccabolte.com/gallery/Sample/orange.

10 minutes non stop !

Voici le texte écrit par Gotad, ce mercredi, sur le sujet : "Ecrivez 10 minutes sans vous arrêter à partir d'un mot", ici c'était "Connaissez"
Emilien vous invitant à poursuivre ce début d'histoire, vous pouvez envoyer vos propositions à: anoter54@yahoo.fr
A vous !

Connaissez-vous l’histoire du monstrueux, de l’énorme, de l’ineffable mangeur d’hommes ? Cet homme (car il en était un lui-même, quoi qu’on pût en dire) se plaisait à savourer les petits garçons tendres et les jeunes hommes vigoureux avec une pointe de moutarde ou différentes épices, pour varier les plaisirs. Dans sa cuisine on trouvait, pendus par les pieds à des courroies elles-mêmes accrochées au plafond, des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux, des gros et des chétifs, la bouche ouverte, les bras pendants, les yeux révulsés, les chevilles en sang. Il y en avait peut-être une centaine dans cette seule pièce, sans compter tous ceux qui sommeillaient tranquillement, en rang d’oignons, dans la chambre froide.

Lorsque, saisi d’une brusque fringale, le cher homme entrait dans sa cuisine pour se repaître, ses narines béantes étaient immédiatement inondées du parfum suave des chairs en putréfaction. Se pourléchant les babines et caquetant comme une oie, il avançait jusqu’à son plan de travail, s’emparait d’une cuisse ou d’un bras bien dodu et commençait à le découper, ou se lançait dans la confection d’un fromage de tête avec les abats, tout en fredonnant une chanson douce que lui chantait sa maman.


GOTAD

jeudi 11 janvier 2007

fantôme de Mat

Sujet : Regardez fixement votre feuille blanche, et écrivez sur le premier fantôme qui vient vous rendre visite

Lecarré : « écrire c’est à peu près comme se trouver dans une maison vide et guetter l’apparition de fantôme. »

- Ah salut joyeux fantôme, que viens-tu faire là ?

- Je viens de la part de quelqu’un qui t’est très cher

- Raconte.


« Un homme aux cheveux châtains et aux yeux bruns vert t’attend quelque part. Il habite loin de toi mais il pense beaucoup à toi. Il t’aime et il veut faire sa vie avec toi avec pleins d’enfants pour monter une équipe de foot. »


Je me suis tout de suite demandé ce que ce « joyeux fantôme » me voulait exactement. D’abord j’aime pas les joyeux fantômes parce qu’ils réveillent des souvenirs agréables à cette époque triste de ma vie. Comment ne pas faire la comparaison entre le passé et l’instant présent ? Qui es-tu « joyeux fantôme » pour me faire souffrir ? Tu aimes tant faire faire les comparaisons aux gens ? Ca doit être ça. Moi je ne t’aime pas parce que tu me fais mal. Je ne vis pas encore sous un pont comme certains le prétendent et je ne souhaite pas ainsi finir.. J’ai tout pour être heureux, alors quelqu’un pourrait me dire ce qui ne va pas aujourd’hui ? Quelqu’un pourrait me dire pourquoi quand je rentre chez moi j’ai envie de me fouttre en l’air ? Pourquoi je perds si facilement espoir ? Qui pourra me dire un jour pourquoi un « joyeux fantôme » vient me narguer ainsi ? Dans tous les cas, je ne pourrai pas lui renvoyer la balle parce que je n’ai rien à lui redonner à ce vieux fantôme.

Qu’est-ce que me veut ce fanfaron de foire à faire fuir les enfants ? Qu’est-ce que me veut ce sentiment sensible à la confession subite ? Qu’est-ce que tu me veux pauvre sac d’os ? Tu crois peut-être que je vais chercher cet homme aux cheveux châtains et aux yeux bruns vert ? S’il m’aime tant que ça, il n’a qu’à venir me chercher parce que je ne sais vraiment pas qui c’est. Et puis si un jour il vient s’inquiéter de mon existence et m’en libérer, je lui dirai de s’en aller. Pourquoi ? Parce que j’aime pas les hommes, j’aime pas leur raideur, leur brutalité, j’aime pas être dominé comme certains pourraient le désirer, j’aime pas la crasse, j’aime pas leur barbe qui le matin pique mes joues, j’aime pas leur odeur que cachent des parfums peut être trop forts… J’aime pas les hommes et je préfère les femmes au corps sculpté par des mains angéliques. J’aime leur peau douce et leur parfum sensuel, j’aime quand elles se blottissent tout contre moi, là, comme ça… Je préfère les femmes c’est tout.

Et puis quelle idée de faire 11 enfants pour fonder une équipe de foot ? Bon, je l’avoue je n’en n’ai pas les capacités physiologiques mais bon, il faut penser aux remplaçants. Faire plus de onze mioches alors non merci ! Et puis, vieux fantôme, tu as pensé à la chose suivante, si chaque naissance est espacée de 9 mois, il faudra que le premier attende 7 ans et demi pour avoir son équipe au complet et sans un remplaçant ! Et encore il faudra qu’il patiente une année de plus pour que le dernier puisse marcher. Combien de temps faudra-t-il compter pour que l’équipe soit à un niveau homogène ? Combien de temps ? Tu y as pensé à ça ? Des fois, mieux vaut ne rien dire que dire pareille connerie… Je suis désolé mais je ne ferai pas d’enfant dans le but de les voir jouer dans une équipe de foot. Et puis de toute façon j’aime pas le foot, donc je n’irai même pas les voir jouer et encore moins les encourager. As-tu pensé au fait que le premier gamin passera la grande partie de son enfance à attendre que je ponde ? Pondre pour quoi et pour qui ? Bonne question. Pour satisfaire ce vieux fantôme dégénéré ! Faut pas rêver non plus… Comme si j’avais que ça a faire que d’être fécondé par un type du même sexe que moi qui n’a de toute façon aucune chance avec moi. Faut pas rêver, non, faut pas rêver…

Maintenant je te conseillerais de te barrer « joyeux fantôme » de la désespérance, je ne t’ai rien demandé et je te demanderai jamais rien. Alors barre-toi, reviens me voir quand tu auras quelque chose d’intéressant à dire, parce que franchement pour l’instant t’es pas le bienvenu. Laisse-moi avec un mon visage jaune, mon séchoir à cheveux et ma baignoire remplie d’eau, juste le temps d’en finir, juste le temps d’en finir.

Matthieu

source image : http://wwwedu.ge.ch/co/secheron/fantastique/themes.html

mercredi 13 décembre 2006

Texte de Séb pour la séance du 13/12

Le vieillard s'assit sur une souche desséchée.

Il passa une main pleine de veines bleues sur son crâne luisant, se massa et se pencha difficilement pour se mettre derrière la cravate qu'il n'avait pas une bonne rasade de rouge.

Le temps était lourd mais ils étaient à l'ombre sur ces sentiers bordés de sapins.

Face à lui, les cinq bambins venus de loin, tous ahuris par tant de marche, laissèrent tomber leurs sacoches et de lourdes prières silencieuses. Ce n'était donc pas fini ? Non, pas encore. Après trois heures de marche sportive, le meilleur est toujours à venir. Ah, très bien.

  • Reposez-vous, les marmots, gloussa le vieux que tant de lassitude fatiguait.

Après quelques minutes de silence, il se saisit de son P.C. portable et tenta une connexion Wi-Fi. En vain. Non que la zone ne fût pas couverte, la planète entière l'était depuis longtemps déjà à cette époque lointaine, mais son ordi était simplement en panne.

Tant pis. Il le balança dans le vide. La féraille contenterait aisément le vieux fana de train du village qui rêve depuis longtemps de construire sa machine avec des trucs dont personne ne veut plus. Voilà, un recycleur, c'est ça.

Bon, pour ce groupe, il va encore falloir raconter la légende. Toujours la même. Ras-le-cul de cette foutue légende, pensait-il souvent. Mais c'était la seule du coin. Ses enseignants, vieillards séniles, n'avaient déjà rien d'autre à se mettre sous le dentier, il y a des années.

Oh, bien sûr, depuis si longtemps qu'il « tenait » cette visite de ses chemins d'enfance, il avait eu l'occasion de varier quelques péritéries, de s'échapper vers quelques contrées secrètes de son imagination, mais son supérieur, alerté par la rumeur galopante qu'étaient honteusement déversées d'autres versions que celle canonique, illustre, unique pour laquelle il le payait, avait volé un phare de Bretagne pour l'éclairer de ses reproches. Formellement interdit, avait-il dit, l'oeil rouge, en tendant le doigt vers le bourg enflammé. Sinon... Et allez-y, vous, pour retrouver du travail à 84 ans, quand vous n'avez même plus toutes vos dents.

Dans le groupe d'aujourd'hui, une gamine, venue en touriste du Rwanda, l'intriguait. Malgré le poids déjà conséquent de son sac à dos, quelques substances mystérieuses gonflait ses poches. Très vite, le vieillard comprit qu'il s'agissait de bonbons des Vosges, sans doute dérobés ce matin lors de la visite à l'atelier. Les gamins avaient semblé apprécier cette main d'oeuvre bon marché qui faisait leur bonheur dans les écoles de chez eux. Les produits vosgiens s'exportaient en effet très bien, en ces temps-là. Honteuse, quand il la questionna, la gamine dut avouer, dans un anglais parfait qu'il eut du mal à déchiffrer, que c'était là son plus grand vice. Voler des bonbons (des Vosges, de préférence). Et ne pas forcément les manger, du reste, non, mais les entasser à en faire craquer ses coutures. Juste le plaisir de les voler.

Bon, avait-il dit, ici, dans ce pays, il y a si peu de travail et tellement de dommages occasionnés par la guerre civile que si l'on vole à manger, c'est pour manger, tout bêtement. Mais oui, pourquoi pas. Son détachement la surprit. On doit s'habituer à tout, se dit-elle, même au malheur. Son pays, Dieu merci, était à l'abri du besoin. Il fallait répondre quelque chose. Voici ce qu'elle trouva :

  • La situation ici préoccupe beaucoup le gouvernement de mon pays prétendit-elle, mais vous êtes si loin et si peu civilisés, aux yeux de mes compatriotes, qu'on se demande si le jeu en vaut la chandelle. Non, c'est vrai : vous ne faites pas l'effort de nous rattraper. Du coup, on vient en touriste, conclut-elle du haut de ses huit ans.

Ça coupa le souffle au vieux. Mais, bien obligé, il raconta tout de même l'histoire du dernier des trolls alsaciens, devant une assistance qui s'en foutait, du reste, royalement. On préférait parier à messes basses sur la provenance exacte des coups de feu, si près, si loin, là-bas, dans la vallée.

Inutile de reprendre ses propos, tout le monde les connait.


Sébastien.